
Lee Hall, scénariste de Billy Elliot, fait de ces mineurs les héros d’une comédie sociale dans l’esprit de Ladies night ou des Virtuoses et posent, à travers eux, les bonnes questions. L’art est-il réservé aux initiés? A-t-il une utilité? Chacun peut-il exprimer sa sensibilité? Un artiste doit-il être payé pour exercer son art?... Pour passer de la salle de cours à une galerie d’art, Marion Bierry fait pivoter un triptyque de lumière figurant chaque lieu, jusqu’au puits de la mine. Les interprètes composent un groupe soudé, où se confrontent les personnalités et les sensibilités. Du théâtre sans esbroufe, juste, drôle, chaleureux, humain.

Dans les années 1930, un petit groupe de mineurs de fond s’est initié à la peinture, découvrant ainsi un univers artistique qui offrait à chacun une évasion vers de nouveaux horizons. Ces hommes furent remarqués et encouragés par une riche collectionneuse… N’imaginez pas pour autant que l’on passe brutalement du noir au rose. La pièce est plus subtile et abonde en notations cocasses. Adaptée et mise en scène par Marion Bierry, elle réunit une distribution homogène et solide de huit comédiens.

Les rapports entre l’art et le peuple sont un dilemme éternel. Entre ceux qui considèrent (sans toujours le dire) que seule l’élite a droit au chapitre et les adeptes (conscients ou non) d’un retour au réalisme socialiste, il n’est pas facile de se frayer un chemin original. D’où l’intérêt de la pièce « Les Peintres au charbon » qui évite les deux travers, et se coltine avec la difficulté objective de l’accès du vulgum pecus à la culture, en l’occurrence à la peinture. (…)
La pièce est d’autant plus réussie qu’elle évite tous les travers du genre. Les personnages sonnent juste sans être caricaturaux, qu’il s’agisse des mineurs, du prof, ou de la bourgeoise férue d’art marchand qui se rêve en mécène d’un prolo épris de peintures. On est dans le comique mais pas dans le graveleux, dans le choc des cultures et jamais dans le mépris du bobo pour le populo. Quand on y réfléchit un peu, c’est aussi rare qu’une mine de charbon non polluante.

La pièce est découpée en plusieurs tableaux, chacun dressant des portraits d’hommes des plus touchants. Cette comédie sociale est mise en scène avec beaucoup de délicatesse par Marion Bierry.
Ici, plus que jamais, le nerf de ce texte un peu trop illustratif, traduit par Fabrice Melquiot, est tenu de main de maître par les comédiens.
Dans la partition des ouvriers s’éveillant à l’art, Bernard Ballet, Robert Bouvier, Jacques Michel, Eric Verdin, Arthur Vlad sont tous parfaits. Leur interprétation est subtile, délicate et riche d’émotions. Thomas Cousseau incarne un professeur à la fois généreux et égoïste, pris dans les rouages de la vie. Odile Roire est une touchante milliardaire philanthropique. Carine Martin est une délicieuse modèle, image de la femme libérée en devenir. C’est une comédie sur fond social qui démarre comme un beau conte et qui s’use dans les tourments de la réalité.

En s'emparant de ce fait réel, le dramaturge Lee Hall use de tout son talent pour nous faire entendre les préjugés et les contradictions inhérents au monde de l'art. Nous entendons l'écart et les heurts entre une organisation sociale et marchande de la culture, et la singulière accession à la création de l'artiste.
Le langage simple des mineurs commentant l'expérience de leurs créations s'oppose et fragilise le discours formaté du savoir du professeur et de la collectionneuse.
La mise en scène de Marion Bierry alliée à la scénographie de Gilles Lambert est d'une belle efficacité. L'utilisation de paravents translucides crée judicieusement les temps et les espaces. L'interprétation des comédiens est généreuse et juste. Odile Roire, Bernard Ballet, Robert Bouvier, Thomas Cousseau donnent le meilleur d'eux-mêmes.

Péripéties cocasses dans cette initiation drôle et émouvante, portraits sensibles et questionnement sous-jacent fin et nuancé sur les pouvoirs libérateurs et épanouissants de l’art : Lee Hall reprend dans cette pièce le thème du film de Billy Elliot dont il a écrit le scénario, le film dans lequel le fils d’un mineur découvrait la danse. Montée pour la première fois en français avec une distribution franco-suisse, Les Peintres au charbon campe des héros populaires, devenus rares dans le théâtre contemporain, comme le remarque Marion Bierry qui trouve chez Lee Hall le mouvement de sa mise en scène, "celui de quelqu’un qui veut se mettre debout. "

Ainsi, sous l’aspect d’une comédie savoureuse, s’engage un débat sur le rôle et la fonction de l’art qui pointe sans didactisme les questionnements soulevés. Parfois d’une manière naïve ou cocasse, répondant au contexte de ses situations et de ses péripéties, avec un souci de clarté à laquelle contribue la traduction vivace et tonique de Fabrice Melquiot (L’Arche éditeur) dont les accents restituent la connotation sociale judicieusement souhaitée par Lee Hall. Au cœur du dispositif sobre et modulable de Gilles Lambert, accompagnant localisations et temporalités, la mise en scène de Marion Bierry restitue avec intelligence et sensibilité les enjeux métaphysiques, sociaux et politiques inscrits dans cette épopée singulière. Sans esbroufe ni tentation du spectaculaire mais avec une fine maîtrise qui rejaillit sur l’ensemble d’une interprétation de choix, la qualité du spectacle exprime avec bonheur l’humanité des protagonistes et invite à l’empathie.

Autant le dire tout de suite : Les peintres au charbon est une totale réussite. Procédant par " tableaux" courts, qui chacun présente les personnages de leur premier cours d’histoire de l’art jusqu’aux musées londoniens, tableaux eux-mêmes ponctués par des projections de véritables peintures (de peintres célèbres… ou des véritables mineurs). Cela rythme le spectacle et titille l’intérêt du spectateur, sans cesse renouvelé. Misant sur le texte, délicieux mélange de critique sociale, d’humour et de portraits hauts en couleur, Marion Bierry offre des portraits touchants de ces hommes, permettant à tout un chacun de découvrir leur intimité. De nombreuses réflexions émergent alors de la part de ces personnages, des conflits qu’ils peuvent rencontrer, de la séduction d’une éventuelle célébrité à la confiance aveugle qu’ils mettent dans leur professeur – lui-même mû par des motivations où l’ambition l’emporte. Il est également question de la place de l’art dans la société, de ce qui est à la mode un temps. Le tout au travers de regards candides et sûrs. Aucune facilité, aucun manichéisme, mais un délicat tableau, reflet de la complexité de la nature humaine. Spectacle généreux, servi par une troupe qui offre une belle épaisseur à chacun des personnages, Les peintres au charbon méritent amplement l’exposition que leur offre le théâtre Artistic Arthévains !

Lee Hall a effectivement écrit ce choc de culture d’une manière beaucoup plus humaniste et Marion Bierry l’a mis en scène dans le même esprit. Il est à la fois porteur d’un refus de lutte entre les êtres humains et d’une modestie souhaitable concernant les mieux formés. Il a fallu la circonstance devenue maintenant courante d’une formation complémentaire donnée à des mineurs dont l’activité est menacée pour qu’un jeune professeur d’art s’évertue à les convaincre des beautés classiques qui furent l’ossature de ses études. Voilà les prémisses d’une savoureuse soirée.
La confrontation entre ces esclaves du sous-sol et une collectionneuse sophistiquée et opportuniste a aussi été nécessaire pour que les prétentions de soi-disant érudits s’écroulent sous le vide de leurs formules et que les marginalisés du système découvrent leur aptitude à sentir, ressentir puis à s’exprimer. Pourquoi pas avec un pinceau ? Et ils vont gagner !
Sur la scène du théâtre de l’Artistic Athévains le conflit potentiel a fait place à la reconnaissance d’une émotion partagée. Un savoureux dialogue mène les rejetés d’un art élitiste d’une introspection non planifiée à l’expression de leur sensibilité. Et on est infiniment touché de cette révélation tout en partageant un rire accompagnateur parfaitement décapant. Les comédiens de ce spectacle vivent avec sincérité et talent cette sensibilisation artistique pas comme les autres qui, hors des frontières de la prétention, donne à chacun sa part de rêve et sa capacité à l’exprimer.

La traduction de Fabrice Melquiot est vivante et précise, les « cartons » projetés fixent les repères historiques. Marion Bierry, pour sa mise en scène a choisi la simplicité : quelques chaises, un chevalet, un mur translucide (scénographie de Gilles Lambert) qui joue avec ses angles (lumière de Laurent Junod), et des comédiens aguerris,
On n’en sait peut-être pas assez sur la vie de ces mineurs, mais on sait tout sur la mentalité des intellos qui les méprisent ou les exploitent. Leur professeur, nommé à Edimbourg, grâce au mémoire qu’il a rédigé sur le groupe, peint des toiles académiques qui ne disent rien sur la vie de ses hommes. Et Helen est passée à d’autres engouements. La mine a fermé en 1981, mais leurs œuvres (au nombre de quatre-vingt-six) sont exposées au Woodhorn Colliery Museum. Si vous ne pouvez aller dans le Northumberland, allez admirer les Peintres au charbon. Ils disent l’éternel combat contre l’ignorance.
Comédie sociale ? Oui, de la meilleure eau !

Fable sociale audacieuse, théâtre de la vérité et de l’incarné, "Les Peintres" arrivent sur les planche parisiennes, avec une audace et une ardeur qui ressemblent au Salut. Ces hommes sont vrais, c’est la noblesse du Peuple. Ils rappellent combien seul l’Homme compte sacrifié au Profit, à la notion de Planète-bla-bla, très équitable et durable, mais qui, tout comme le Capitalisme, lui reproche d’exister.
L’Art sauverait, émanciperait, ouvrirait et révèlerait ? Chut. La mise en scène de Marion Bierry, rejeton de cette dynastie théâtrale (dont la devise serait "Passion et exigence") innove. Les scènes s’enchaînent, brèves, intenses, courts poèmes de geste, avec une vivacité qui fore l’émotion, servies par une distribution franco-helvétique étonnante. (…)
"Les Peintres au charbon", ode d’espoir, doit être absolument vue, ressentie, tant cette pièce lumineuse, drôle, émouvante, positive, offre un contrepoison à notre époque que l’Histoire définira peut-être ainsi : celle du Gâchis humain.

La drôlerie des dialogues, les astuces inventives de la mise en scène à contourner les exigences d’une diversité de lieux –les galeries de peintures londoniennes sont dans le décor sans qu’il ne paraisse aucun tableau affiché-, le travail sur les éclairages, contribuent à la réussite de ce spectacle dont la bonhomie ne dissimule jamais ce qui, dans le texte, porte à la réflexion.
Les comédiens ne chargent jamais et la tonalité cohérente de leurs partitions évite à des personnages contrastés d’aller dans le sens d’une galerie de portraits caricaturaux.
Cette pièce, "Les peintres au charbon", dont la traduction est de Fabrice Melquiot, n’avait jamais été jouée en France.

L'auteur qui s'est inspiré d'un livre de William Feaver tiré de faits authentiques a su montrer avec intelligence comment des êtres humains peu instruits et ignorant ce qu'est la quintessence de l'art arrivent finalement à créer des œuvres intéressantes et remarquées. Le charme de l'art c'est justement qu'il peut toucher n'importe qui, n'importe quand. Et c'est tout le talent de Lee Hall que d'avoir su le démontrer. Quant aux acteurs ils sont tous bons, touchants, et la mise en scène est forte, créative, artistique, variée et entraînante. Bref c'est une charmante soirée en compagnie d'une belle discipline qu'est la peinture et l'on ressort de là enchanté par l'ensemble.

Justesse d’un parcours initiatique qui va changer la perspective des regards ; les mineurs comprendront l’abstraction, ou aimeront l’art chinois d’une confondante simplicité avec ses merveilleuses couleurs. Eux, qui connaissaient surtout le noir charbon, découvriront, en Van Gogh, le coloriste qui a su bouleverser leur âme, leur peintre de prédilection.
Cette pièce de Lee Hall est d’une grande tendresse humaniste, et Marion Bierry, qui avait déjà créé « la cuisine d’Elvis » écrite par cet auteur anglais, a su lui rendre le même esprit dans une grâcieuse mise en scène ; pas de conflit ouvert entre les détenteurs d’une culture classique et les besogneux marginaux ; au contraire, beaucoup de respect pour ces mineurs qui, modestement, et grâce à la conviction d’un jeune professeur, parviendront à transcender cette démarche de sensibilisation et à remettre en question celui qui croyait tout leur apprendre.
Un hommage rendu à l’art qui « rend possible des choses qui ne l’étaient pas », sous forme de comédie chorale pleine d’émotions et de drôleries, à l’art qui, malgré l’âpre réalité, a le pouvoir de changer les hommes.
Et si le spectateur ému les voyait aussi avec un autre œil, ces mineurs de fond ? Une belle leçon,en tout cas,de leur part !…
"On peint des moments. Ces petits moments minuscules qui fait qu’on est vivants".
Le texte et la mise en scène éclairent avec humour cet apprentissage d'hommes qui s'annoncent "ordinaires". Quoi peindre, comment placer les sujets, où mettre la peinture, comment donner du sens ... ? L'un veut peindre un chien, un autre des fleurs mais pas des "nus" ! On suit avec intérêt leur évolution, ceux qui rechignent à avancer dans ce travail, qui ne se sentent pas à la hauteur, et ceux qui positivent rapidement, qui progressent. On entend les compliments et les engueulades. On suit les visites d'expositions qui font découvrir l'impossible, tel ce tableau entièrement blanc qui les interpelle.
Les esprits et les regards s'ouvrent petit à petit sur un monde nouveau, différent. C'est notamment en cela que la pièce est magnifique d'intelligence. La qualité des œuvres des uns et des autres n'est pas égale mais cela suffit pour que le groupe soit remarqué par une riche héritière collectionneuse d'art, Helene Sutherland, interprétée par Odile Roire. Tout bascule lentement. Un modèle (Carine Martin) finit par imposer sa nudité aux regards de ces artistes en devenir. La guerre de 1940 arrive ....
La mise en scène de Marion Bierry sait mettre en lumière ces moments « minuscules » qui font basculer le regard et la compréhension de ces artistes en devenir. C'est souvent drôle -on n'oublie pas ce réflexe étonnant du mineur de fond totalement confus d'être rémunéré pour avoir peint un tableau. La scénographie ne s'embarrasse pas de réalisme. Des panneaux pivotent et l'on change de lieu ou d'époque. Cette simplicité - pour ne pas dire authenticité - du jeu des comédiens ajoute un plus à la sincérité du propos. Un très beau moment de théâtre.

Une histoire très dense de Lee Hall, déjà scénariste du film Billy Eliott, et de La Cuisine d'Elvis, vue au Lucernaire cet été, dans une belle mise en scène de Régis Mardon.
Les Peintres au Charbon, une adaptation et une mise en scène très efficace de Marion Bierry.
Une belle affiche, Bernard Ballet, Robert Bouvier, Thomas Cousseau, Jacques Michel, Carine Martin, Eric Verdin, Arthur Vlad et Odile Roire.
Ils sont tous excellents et font croire à cette histoire étonnante, celle d'un groupe de mineurs, dans les années 1930 en Angleterre, qui décide de suivre des cours sur l'histoire de l'art.
Cette pièce a une dynamique de scénographie parfaitement huilée. Cela dure 1H40 et on ne voit pas le temps passer.
Ils sont sur scène jusqu'au 22 décembre, avec leur bonne humeur et leurs espoirs.

Après la Suisse l’année dernière, c’est à la France d’avoir le plaisir d’accueillir, depuis le 19 novembre, la pièce Les Peintres au charbon au Théâtre Artistic Athévains.
Cette pièce de Lee Hall, l’auteur de Billy Elliot, est inspiré par le roman de William Feaver et a été traduite par Fabrice Melquiot pour une mise en scène et une adaptation de Marion Bierry.
L’histoire : Dans les années 1930 en Angleterre, un groupe de mineurs suit des cours d’histoire de l’art. Abandonnant bien vite la théorie pour passer à la pratique, ils voient leurs travaux remarqués par une riche collectionneuse.
L’auteur dresse ici des portraits touchants et authentiques interprétés sur scène par Bernard Ballet, Robert Bouvier, Thomas Cousseau, Carine Martin, Jacques Michel, Odile Roire, Eric Verdin et Arthur Vlad.
Cette pièce a également connue un grand succès en Grande-Bretagne et en Autriche et vient d’être créée à Broadway. Il n’y a donc pas de raison que le public français n’y fasse pas honneur, n’hésitez pas à être curieux.